RC - causse de Sauveterre
- Photographies personnelles des régions de la Margeride à l'Aubrac et surtout les grands plateaux calcaires qui font suite ( et fin ) aux grands Causses -
RC - causse de Sauveterre
Ah ces cheveux d'ange
je les reconnais:
ils ondulent
comme blés sauvages
laissés à l'abandon
de part et d'autre du chemin..
Mais il se peut qu'un vert tendre
surgisse près d'une ferme
dissimulée dans un pli de terrain,
des parcelles bien peignées,
aux bruns des labours.
Nous entendrions alors
les clochettes des sonnailles
du troupeau de brebis
allant en transhumance
après maints détours
conduit par leur berger.
Est-ce que ce monde nous appartient ?
se poursuit il à l'infini ?
Sommes nous toujours en pays connu ?
Nous croyons que ces collines
bleutées dans le lointain
portent le poids des ans
sur leurs pentes.
On peut s'imaginer qu'après elles
le pays continue
semblable à lui même,
s'étend à perte de vue, immense
sans aucune frontière.
Elles sont là, toujours présentes,
rabotées en leur altitude
par des siècles d'attente
gardiennes de leur solitude
A moins que tout à coup
une faille profonde
inattendu ravin
nous rappelle que le monde
penche inexorablement,
que, même le passé dilue les pierres,
que les montagnes s'effondrent,
que tout va à la mer...
....Juste une question de temps
qui nous échappe,
alors qu'on croit tenir entre ses mains
l’essence du jour ...
On peut marcher longtemps
sans rencontrer personne,
aboutir dans une ferme à la toiture effondrée
où des carcasses de véhicules vétustes
sont exposées ...comme au musée,
un jeune pin voisinant leur rouille.
Les troupeaux de brebis ne viennent plus
faire résonner la steppe de leurs sonnailles,
le silence s'est refermé , main invisible
dans les champs hors d'âge,
où personne ne vient plus
faire obstacle à l'avancée des pins.
Pourtant, en suivant un chemin
au parcours incertain,
de loin en loin, jurant sur la grisaille
un vert insolent
dans la cuvette soyeuse d'une doline,
contraste avec les pentes sauvages.
C'est la récompense du marcheur.
Le causse réserve des surprises
dans le moutonnement de ses collines
Tout n'est pas retourné à l'abandon
au seul profit des vallées touristiques
séparées d'elles par ses falaises verticales...

Le découvert du jour
s’imprime en suspension
au-dessus de la vallée.
On ne la voit pas,
on la devine à ses pentes.
Des pentes qui s’accélèrent
jusqu’à la faille profonde
où le mince ruban d’argent du Tarn
sinue dans un reste de soleil .

De l’autre côté, c’est le Méjean
qui se dore d’ocre,
élagué de ses lignes
pour offrir sa certitude
aux houles calcaires
qui, de loin,
ont toute l’apparence d’un désert,
car les bois y sont rares
et les routes s’y perdent.
Elles disparaissent derrière les collines,
qui, à tour de rôle
s’emparent de la lumière,
puis plongent dans l’ombre,
alors que celles placées derrière
appellent un autre fond,
se succèdent,
comme les croupes des chevaux,
de beige ou de blanc vêtus,
selon la saison.
Le découvert du jour
s’empare de la distance.
Les premiers plans
devancés par les herbes sèches
et parfois les roches
accrochent le regard,
points de repère du paysage
qui s’ouvre,
telle une main paisible
où rien ne vient troubler le silence…


